Résultats des études rétrospectives menées par SPARC sur le soutien aux moyens d’ existence.
Peu d’études publiées évaluent les interventions visant à renforcer la résilience plusieurs années après leur achèvement. Or, la résilience ne peut être observée que dans la durée, et l’on sait donc très peu de choses sur ce qui aide réellement les populations à faire face aux chocs. L’apprentissage rétrospectif est d’autant plus important dans les contextes de conflit et de crises récurrentes, où la vie est moins prévisible et où les règles informelles et les rapports de pouvoir informels jouent un rôle central. En l’absence de tels enseignements, les investissements dans la résilience continuent de reposer sur des hypothèses non vérifiées.
SPARC a publié cinq études rétrospectives de projets en Éthiopie, au Kenya et au Tchad, mis en œuvre par des gouvernements, des organisations des Nations unies (ONU), des organisations non gouvernementales (ONG) internationales et des ONG locales. Ces projets portaient sur le développement de l’eau dans les zones arides, l’agriculture intelligente face au climat, les programmes de travaux publics et le développement pastoral fondé sur les marchés.
Des enseignements communs, mis en évidence à travers ces études diverses, permettent d’expliquer pourquoi tant d’investissements n’atteignent pas les résultats escomptés et montrent comment mieux soutenir la résilience dans les zones menacées par les crises.
Cette note d’orientation résume les enseignements tirés de cinq études de cas rétrospectives, en revenant sur des projets trois à cinq ans après leur clôture. Tous ont été sélectionnés parce que les organismes de mise en œuvre les considéraient comme des réussites.
Les principaux constats sont les suivants :
- Les approches de marché visant à transformer les moyens de subsistance pastoraux n’ont pas apporté de changements significatifs, en raison de perceptions erronées et d’hypothèses fausses sur l’économie pastorale.
- Les nouvelles sources d’eau dans les zones arides sont souvent supposées renforcer la résilience, mais ce n’est pas toujours le cas. Elles peuvent au contraire l’affaiblir et générer des conflits supplémentaires si la gestion locale des ressources naturelles n’est pas comprise.
- Les travaux publics étaient justifiés par l’hypothèse que le travail des populations permet de créer des actifs utiles, mais ils n’étaient ni conçus ni gérés de manière à ce que cela se produise réellement.
- Les projets réussis proposaient plusieurs idées nouvelles : les populations choisissaient celles qu’elles souhaitaient adopter ou adapter. Les institutions chargées de porter l’innovation ont souvent été abandonnées, mais les idées ont été reprises de différentes manières.
Les implications pour les politiques publiques incluent notamment :
- Le soutien à la résilience devrait se concentrer sur des changements évolutifs, faciles à adopter, plutôt que de chercher des transformations profondes.
- L’approbation de toute intervention devrait dépendre de la preuve qu’elle repose sur une compréhension des modes de vie informels existants. Les projets devraient d’abord chercher à améliorer ce qui existe déjà.
- Aucun ensemble unique de solutions ne peut répondre à la diversité des besoins et des priorités des populations, même au sein d’une seule communauté. Il est préférable de proposer un éventail d’idées que les personnes peuvent adopter et adapter.
- Les théories du changement ne doivent pas être réduites à de simples schémas. Les processus sociaux par lesquels le changement est susceptible de se produire doivent être pris au sérieux. Cela permet de suivre les hypothèses et d’adopter une gestion adaptative.
- Il n’y a aucune excuse pour continuer à s’appuyer sur les mêmes hypothèses erronées simplement parce qu’elles ne sont jamais vérifiées.
Une version anglaise de cette note d'orientation est disponible ici.