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Reportages

Entretien : un changement de vitesse pour l’égalité et l’inclusion

Katharine Vincent, responsable du genre et de l’inclusion sociale à SPARC, partage la vision du consortium pour promouvoir l’inclusion et l’égalité

Éditeur SPARC
Égalité des genres et inclusion sociale Afrique Moyen Orient Global
  • Quelle est l’approche du consortium de SPARC pour l’égalité des genres et l’inclusion sociale (EGIS) ?

A SPARC, nous nous sommes engagés à montrer l’exemple sur les questions d’égalité des genres et d’inclusion sociale. Nous le faisons de deux manières : de manière interne et à l’extérieur. En interne – au sein de l’équipe du projet et dans nos opérations internes et nos processus – nous nous sommes engagés pour une égalité des chances dans les politiques de ressources humaines et les structures de gouvernance. A l’extérieur – dans les informations que nous générons et les conseils que nous partageons – nous nous engageons à prendre en compte l’égalité des genres et l’inclusion sociale pour nous assurer de rendre visible les sources des inégalités, et ensuite apporter des recommandations pour les politiques publiques et les programmes afin d’y répondre.

  • Qu’est-ce que SPARC vise à faire différemment en termes d’EGIS ?

Traditionnellement, les programmes prennent en compte l’EGIS de deux manières. Une option est d’avoir un volet distinct pour le genre et l’inclusion sociale – ce qui est très bien pour générer des résultats spécifiques mais peut risquer que le reste du programme continue de manière aveugle sur les questions de genre, car les gens pensent : « ça va – on a d’autres personnes qui s’occupent de l’EGIS ». L’autre option est de prendre en compte l’EGIS dans l’ensemble du programme, en s’assurant que le prisme de l’égalité des genres et l’inclusion sociale soit intégré dans toutes les opérations, et donc devient la responsabilité de chacun. C’est très bien pour encourager un changement de manière de voir qui est nécessaire pour surmonter l’aveuglement face au genre, mais cela veut dire que tous les résultats semblent un peu différents, plutôt que d’avoir des résultats ciblés sur l’EGIS. SPARC fera les deux.

  • Pourquoi le consortium choisit-il cette approche ? 

Ma préférence personnelle est de prendre en compte l’EGIS dans toutes les opérations – la deuxième des deux manières de travailler ci-dessus – car je pense que c’est ce dont nous avons besoin pour transformer les mentalités afin qu’à l’avenir nous n’ayons plus besoin d'aborder les questions d’EGIS car elles seront évidentes  et apparaitront par défaut dans tout ce que nous faisons. Cependant, comme cet avenir est encore distant, and que nous avons toujours besoin de données/informations spécifiques pour mettre en lumière les raisons pour lesquelles nous (re)produisons  des situations d’inégalité des genres et d’exclusion sociales, nous produirons également au sein de SPARC des résultats qui sont spécifiques à l’EGIS. C’est pourquoi notre démarche est essentiellement double.  

  • Comment SPARC surveillera-t-il  et évaluera-t-il les changements/l’impact ?

Nous avons intégré l’EGIS dans les procédures opérationnelles au sein de SPARC – ce qui veut dire qu’il faudra la prendre en compte dans les processus d’évaluation de toute la recherche et des activités d’assistance technique avant leur validation. Pour l’évaluation globale du programme SPARC, nous suivons le cadre de travail du CRDI Qualité de la recherche plus, qui surveille aussi explicitement le genre – donc nous aurons de bonnes opportunités de surveiller et d’évaluer le changement et l’impact à partir de cette approche.

  • Quelles sont, selon vous, les lacunes les plus urgentes dans les données, la recherche, la politique publique et les programmes en termes d’EGIS ?

Beaucoup des questions relatives à l’EGIS concernant les moyens d’existence des pastoralistes dans les crises actuelles et prolongées (ainsi que plus largement !) ont généralement été invisibles. Ce n’est malheureusement toujours pas la norme de collecter des données désagrégées par sexe – encore moins de subdiviser les autres facettes de l’identité telles que le handicap, donc bien souvent nous ne savons pas exactement quelle est la nature de l’inégalité ou de l’exclusion. Sans cela nous pouvons passer à côté d’opportunités pour interroger les dynamiques sous-jacentes qui font que ces situations d’inégalité se manifestent. En particulier, sans cela, nous ne pouvons pas utiliser nos connaissances pour cibler la politique publique et les programmes dont l’objet est de remédier aux causes de ces inégalités. A SPARC, en plus de rendre ces différences visibles en intégrant l’EGIS dans tous nos groupes de travail thématiques, nous espérons interroger particulièrement les besoins et les expériences des groupes marginalisés, y compris les femmes, les jeunes et les personnes ayant un handicap.

  • Qu’est-ce qui a déjà été bien mis en place et sur lequel on pourrait construire ?

Malgré que ce ne soit pas la norme, il existe un nombre croissant d’ouvrages de recherche qui portent particulièrement sur les questions des femmes et des différences entre les genres dans les moyens d’existence des pastoralistes lors des crises prolongées et récurrentes – notamment en Afrique de l’Est. Le mandat de SPARC nous donne l’occasion de s’assurer que ces données  soient présentées et communiquées de manière efficace pour informer des politiques et des programmations plus équitables dans les pays de SPARC.

  • Quels sont, ou que devraient être les différences d’approche de l’EGIS dans différentes parties d’Afrique et du Moyen Orient ?

Le genre est une construction sociale, comme beaucoup d’autres facettes de notre identité sociale (p. ex. l’ethnicité), ce qui veut dire qu’il varie d’un endroit à l’autre. Il en résulte que les questions d’EGIS ne sont pas les mêmes dans l’ensemble des pays de SPARC. Cela veut dire que nous ne pourrons pas assumer de manière non-problématique que les conclusions pour un pays peuvent être transférables à un autre contexte. Certains des pays de SPARC – notamment en Afrique de l’Est – ont fait l’objet de plus de recherche que d’autres sur les thèmes de l’EGIS. Nous devrons donc adapter notre approche.

  • Quel a été l’impact du Covid sur l’agenda de l’EGIS dans la recherche, les financements pour le développement et plus largement sur la programmation ?

Le Covid a été un stress parmi d’autres pour les moyens d’existence dans les pays de SPARC, avec les évènements extrêmes et la dégradation des terres, donc nous avons des connaissances relatives aux effets de ces autres stress. Nous savons que les stress sur les moyens d’existence n’affectent pas tout le monde de la même manière – et souvent ils tendent à magnifier et à exploiter les inégalités existantes. Dans le court terme, cela veut dire que les tentatives pour réduire les impacts du COVID doivent être différenciées socialement. Bien sûr, l’enjeu supplémentaire, notamment dû à la nature mondiale de la pandémie, est que les flux des financements pour le développement vont probablement être réduits. Ceci aura un impact sur les programmes pour l’ensemble du développement et pour la recherche sur le développement  - ce qui rend encore plus critique le fait que nous soyons à même de mettre en lumière les implications pour l’EGIS.

  • Qu’est-ce qui  anime, personnellement, votre passion pour l’EGIS ?

Jusqu’à ce que nous vivions dans un monde où chacun a une égalité des chances, je pense que c’est la responsabilité de ceux d’entre nous qui ont des privilèges de s’assurer que nous donnons une voix à ceux qui sont désavantagés et que nous n’entendons généralement pas. C’est la seule manière de transformer les structures sous-jacentes qui empêchent d’accéder à l’égalité des chances. 

 

Suivez-nous sur Twitter : @ SPARC_Ideas & @katharine_v  

 

 

 

 

 

 

Syrian refugees on the Greek island of Lesvos
Syrian refugees on the Greek island of Lesvos
Credit Photo by Steve Evans - CC BY-NC 2.0

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